|
|||||
|
Par Dr. A.Balzer Transmission et expression clinique. La démodécie est une affection de la peau. C'est donc une dermatose dite banale, d'origine parasitaire, peu contagieuse. Elle est caractérisée par la présence et la multiplication dans les follicules pilo-sébacés d'un acarien spécifique : Demodex canis. Cette maladie est surtout importante d'un point de vue économique, du fait du coût du traitement et de sa durée, ainsi que du caractère héréditaire qui pousse à retirer les animaux atteints de la reproduction.
C'est un acarien de la famille des démodécidés, caractérisé par un corps vermiforme et une atrophie des pattes. Sa taille varie de 150 par 40 µm pour le mâle à 250 par 40 µm pour la femelle. C'est un parasite permanent des follicules pilo-sébacés où il ponctionne du sébum et les débris cellulaires qui lui servent de nourriture. Il est présent chez tous les chiens mais habituellement en faible quantité. La démodécie représente près de 20 % des consultations de dermatologie chez le Shar-pei. Elle fait partie des cinq maladies les plus courantes dans cette race : La démodécie touche en grande majorité des chiens jeunes, âgés de moins de deux ans (80% des cas). L'âge moyen d'apparition est de 6 mois. La démodécie du Shar pei peut donc être considérée comme une dermatose du jeune chien. Les deux sexes sont atteints sans qu'il y ait une proportion plus importante dans l'un ou l'autre. C'est une affection cosmopolite, sporadique et difficilement contagieuse en dehors du contact mère-chiot. Elle est plus fréquente chez les races pures et chez les animaux à poils courts. Il existe des facteurs favorisants comme : * les bains fréquents qui favorisent la diffusion du parasite * des irritations cutanées chez le chiot (shampoings inadaptés, frottements…) * un excès de sébum Les sources de parasites sont les individus atteints de démodécie clinique c'est-à-dire les animaux présentant des dépilations dues au parasite mais aussi les animaux porteurs du parasite mais ne présentant aucun symptôme. On parle alors de porteurs sains. Le parasite ne semble pas contaminer l'homme même si une publication de 1877 relate la contamination d'un couple soignant des animaux atteints. Le mode de contamination de la démodécie a toujours fait l'objet de nombreuses controverses, cependant on peut en tirer quelques enseignements. Ø La transmission des Demodex est essentiellement directe, par contact à partir de chiens porteurs sains ou non à un chiot sain. Ø La transmission se fait préférentiellement pendant la période néo-natale. Le chiot se contamine par contact direct avec la mère si celle-ci est porteuse de Demodex. La transmission est donc possible même à partir d'une femelle qui n'exprime pas cliniquement la maladie. Ø De nombreux facteurs de prédisposition de la maladie influent non pas sur la transmission du parasite mais sur l'expression clinique de cette maladie. Par conséquent, pour éviter la multiplication des parasites, il faudrait écarter de la reproduction les chiennes donnant des chiots atteints de démodécie, qu'elles expriment ou non la maladie. Dans le cas de reproduction à risque, séparer immédiatement les chiots de la mère éviterait une contamination mais ceci est difficilement concevable. Un chien porteur de parasites n'exprimera pas forcément cliniquement la maladie. L'apparition des lésions cliniques dépend de plusieurs facteurs : Ø La race : toutes les races peuvent être atteintes mais préférentiellement les races à poils courts. Ø L'âge : la démodécie peut être considérée comme une maladie des jeunes. Elle affecte plutôt les sujets entre 3 et 12 mois. L'apparition de la maladie se fait rarement après 2 ans. Ø La prédisposition génétique : aucune étude fiable n'a été publiée sur ce sujet Ø La sous-alimentation : elle est à l'origine de l'affaiblissement de l'organisme et donc est la porte ouverte à l'expression clinique de nombreuses maladies comme la démodécie. Ø La mauvaise hygiène de la peau : les lavages trop fréquents à base de lessive alcaline, les irritations médicamenteuses. Ø Le stress. Ø Un déficit immunologique : la démodécie est favorisée par un déficit immunologique, qu'il soit induit (maladies concomitante, médicaments…) ou inné (maladie héréditaire…). Cette liste n'est pas exhaustive mais permet de percevoir les principaux facteurs déclenchant l'expression de la maladie. On observe classiquement plusieurs formes cliniques de démodécie dont l'évolution et le pronostic sont différents. ü La démodécie sèche : La lésion primitive est une petite zone rouge appelée érythème, mais qui est rarement observé à cause des poils. Puis on observe une perte de poils au niveau d'une ou plusieurs zones à bords diffus et non circonscrits. Cette lésion ne s'accompagne pratiquement jamais de démangeaisons (prurit), sauf lorsqu'elle est associée à une infection de la peau (pyodermite) secondaire. Puis, les lésions dépilées se retrouvent essentiellement au niveau de la tête et des membres et parfois sur le tronc. On observe une alopécie (zone sans poil) diffuse ou en plaque avec de l'érythème et de la séborrhée. La séborrhée donne à l'animal un aspect luisant caractéristique et une odeur forte comme du beurre rance. Normalement, cette démodécie n'est pas prurigineuse mais l'accumulation de sébum dans les plis augmentent le phénomène de macération et peut rendre ainsi cette dermatose prurigineuse. Il existe différentes formes de démodécie sèche : La démodécie limitée : le zone de dépilation est généralement circulaire (1 à 5cm de diamètre) et à bords diffus. Les lésions apparaissent tout d'abord sur la tête et sur le cou avant de gagner les membres puis tout le corps. Dans 50% des cas, la guérison se fait spontanément et il n'y a pas d'atteinte de l'état général. La démodécie diffuse : elle peut faire suite à la forme limitée ou apparaître d'emblée. La dépilation s'effectue par plages à bords flous en commençant par la tête puis en s'étendant sur tout le corps. La forme extrême est un chien complètement nu. ü La pyodémodécie : Lorsque la démodécie généralisée se complique d'une surinfection bactérienne, on parle de pyodémodécie. Aux lésions décrites ci-dessus, s'ajoute la présence de pustules folliculaires. Ce sont des petits abcès situés à l'orifice des follicules pileux. On observe alors non seulement un pelage mité mais en plus de nombreuses croûtes. Bien entendu, sans traitement l'évolution de la maladie entraîne l'apparition de pustules de plus en plus important avec un envahissement du derme et de l'hypoderme par le processus infectieux. Le germe le plus fréquemment mis en cause est Staphylococcus intermedius , germe banal qui se développe de manière catastrophique dans certaines conditions comme lors de l'atteinte de la peau par la démodécie. Dans le cas d'une pyodermite, le prurit et la douleur sont souvent intenses. Les conséquences d'une grave surinfection bactérienne non traitée est grave et peu évoluer vers la mort de l'animal. Le prurit entraîne la dissémination des bactéries sur l'ensemble du corps, l'ingestion de pus et la dissémination des parasites par l'humidification de la peau. Cette forme de démodécie a un impact non négligeable sur l'état général de l'animal qui devient amorphe et qui risque de s'intoxiquer. ü La pododémodécie : Dans le cas d'une pododémodécie, les lésions sont situées essentiellement sur les régions podales. Les atteintes digitées, inter digitées et plantaires se compliquent souvent d'une pyodermite profonde. On observe alors une boiterie. ü L'otodémodécie : Il s'agit d'une otite externe due à la présence des parasites. Les parasites se localisent alors principalement dans le conduit auditif externe et provoquent une otite cérumineuse uni- ou bilatérale. On se rapportera à l'article consacré aux otites sur ce même site. La démodécie est à suspectée chez tous jeunes chiens présentant une alopécie non prurigineuse avec érythème et squamosis, c'est-à-dire, une perte de poil sans phénomène de grattage avec des zones rouges et la présence de squames. Il faut différencier la démodécie de la teigne, de la leishmaniose et des formes suppurées des autres pyodermites. Le raclage cutané est un moyen très sûr pour la détection du parasite. Au niveau d'une zone sans poils et en faisant un plis de peau, on racle à l'aide d'un bistouri mousse jusqu'à la rosée sanguine. Après étalement sur lame, on voit sous le microscope les Demodex.
Le traitement se divise en trois étapes : * l'emploi d'un acaricide pour éliminer le parasite. Il existe des topiques locaux (amitraz) ou systémiques (mylbémycine). En fonction de l'état de l'animal, le vétérinaire préférera l'un ou l'autre traitement. La durée minimale est bien souvent de l'ordre de deux mois. * l'emploi de produits permettant la reconstruction de la peau et la diminution de la production de sébum (vitamines, acides aminés…) * l'emploi d'antibiotiques en cas de suppuration, par voie générale pendant deux à trois semaines. L'emploi de corticoïdes est très nettement déconseillé. Ces molécules diminuent l'immunité or nous venons de voir que cela favorise nettement le parasite. Le pronostic est bon surtout dans le cas d'une démodécie localisée mais la repousse du poil est souvent longue. De plus, l'animal reste porteur et si à l'avenir, il se trouve dans une situation où son immunité va diminuer, il pourrait y avoir une récidive. Pour les pyodémodécies, le pronostic est plus réservé et dépend beaucoup de l'état de l'animal au début du traitement.
|
|
||||