La Leishmaniose

Par DR A.Balzer


Sommaire :

Définition

Epidémiologie

Clinique

Diagnostic de suspicion

Diagnostic de certitude

Traitement

Prévention

Définition

 

            La leishmaniose du chien est une protozoose (ie une maladie due à un protozoaire) grave due à Leishmania donovani var. infantum . Elle est transmise par des insectes piqueurs, les phlébotomes, sortes de petits moustiques. C'est une maladie très grave. Elle est due à la multiplication et à la présence dans les cellules de la lignée phagocytaire de protozoaires flagellés. Elle se caractérise par une atteinte générale et particulièrement viscérale et cutanée.

L'importance médicale chez le chien est liée à la gravité de la maladie. Elle évolue en général progressivement vers la mort de l'animal. Le traitement ne permet malheureusement qu'une guérison clinique momentanée. Il n'entraîne pas l'élimination des parasites et des rechutes ont lieu régulièrement. L'enjeu en terme de santé publique est lié au fait que les chiens représentent le réservoir de parasites pour l'Homme. Elle n'est contagieuse du chien à l'Homme que dans des conditions exceptionnelles (contact avec lésions ulcératives).

Photo 1 : Le phlébotome concerné, sorte de petit moustique, très présent dans le sud de la France

Epidémiologie

 

            La répartition de Leishmania est le reflet de celle de son vecteur, c'est n'est présente que dans les lieux où le phlébotome est présent. L. infantum est notemment présent dans le bassin méditerranéen (ainsi qu'au Proche et au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Chine). En France, 3 foyers de forte enzootie, présents dans le Sud, sont distingués :

- le foyer Cévennes-Languedoc, qui communique avec l'Espagne ;

- le foyer Provence - Côte d'Azur, qui communique avec l'Italie et s'étend au Nord, dans la vallée du Rhône, jusqu'en Ardèche ;

- le foyer Corse.

            La leishmaniose est endémique là où les vecteurs sont nombreux, c'est à dire dans le Sud de la France. La prévalence d'infection dépasse 10% dans certaines localités en Provence. Les infections sont saisonnières du printemps à l'automne. L'expression clinique est répartie sur toute l'année du fait d'une durée d'incubation extrêmement variable.

            Les phlébotomes sont la seule source directe de parasites. Il est présent à l'extérieur des habitations, sur les petites collines. Il confère un caractère rural à l'endémie dans cette région. Il vit près des habitations, avec une activité crépusculaire. Sa démographie montre un pic printanier et un pic automnal. Il craint le vent et ne se rencontre pas sur le rivage, mais plutôt en arrière pays. Il confère un caractère rural et sub-urbain à l'endémie.

Les phlébotomes inoculent les leishmanies en piquant les chiens dans les zones glabres : chanfrein, conques auriculaires. Le pelage des chiens ne constitue pas une protection.

            Il n'y a pas de variation de la réceptivité des chiens en fonction de la race ou du sexe. L'âge n'est pas directement un facteur de sensibilité. En revanche, le risque d'infection croît avec ce dernier. L'état physiologique augmente certainement la sensibilité des chiens, qui risquent de développer des formes plus accusées, ou de présenter rapidement des rechutes après traitement.

            Le mode de vie est un facteur favorisant l'infection. Les chiens vivant à l'extérieur (chiens de garde, de berger) ont plus de risque d'être piqués par des phlébotomes. Le développement des zones pavillonnaires peut expliquer l'extension des foyers leishmaniens puisque ces pavillons avec petit jardin créent des gîtes propices à la pullulation des vecteurs.

Clinique

            Le temps d'incubation de la maladie, entre le moment d'introduction du parasite lors de la piqûre du phlébotome et le moment d'apparition des symptômes, est très variable. Généralement il est de 3 mois à un an.

            Les symptômes essentiels sont un amaigrissement progressif, une anémie souvent marquée, des ulcérations cutanées (au niveau du nez, des oreilles et des saillies osseuses…) et muqueuses, une dermatite sèche avec présence de « pellicules », un allongement des ongles et très fréquemment une adénopathie généralisée.

Photo 2 : L'allongement des ongles est assez caractéristique de cette affection

            Souvent les propriétaires remarquent aussi un changement du caractère de l'animal. Il est alors apathique et moins joueur. Il subit fréquemment une amyotrophie rapide et un amaigrissement pouvant aller à la cachexie. On ne note que peu de température, et de manière inconstante.

Diagnostic de suspicion

            Il repose  essentiellement sur les commémoratifs et la clinique. En ce qui concerne la clinique, nous venons de l'évoquer puis c'est l'interrogatoire du propriétaire qui intervient. La recherche d'un séjour dans l'année qui précède dans le sud est une indication importante.

Diagnostic de certitude

            Il est réalisable de 2 manières, soit par dépistage sérologique de l'infection (diagnostic indirect par recherche des anticorps contre les parasites), soit par recherche des leishmanies (diagnostic direct par recherche des parasites eux-mêmes).

• Le diagnostic direct : les leishmanies peuvent être mises en évidence après coloration et observées au microscopique (Gxl 000), à partir de divers prélèvements : calque cutané sur une lésion ulcérée humide (application d'une lame), copeau cutané (application d'un copeau sur une lame), ponction de ganglion lymphatique périphérique (NL poplité) ou des nodules sous-cutanés, ou ponction de moelle osseuse. La ponction de NL est peu douloureuse, facile à réaliser et sans risque pour l'animal. Il suffit de récupérer une goutte de lymphe et de cellules à l'aide d'une seringue et d'une aiguille de diamètre suffisant (1,2 mm). Les leishmanies sont généralement présentes en quantité suffisante chez le chien ayant des symptômes marqués, mais leur visualisation nécessite une lecture parfois longue.

• Le diagnostic indirect : les chiens infectés développent précocement une réponse en anticorps en environ 3 semaines après. La sérologie a un intérêt pronostic : plus le titre anticorps est élevé, plus le pronostic est mauvais. Un traitement doit faire chuter ce titre d'au moins 2 dilutions, de préférence en dessous de 1/320. Une sérologie est réalisée 1 mois après l'arrêt du traitement, puis tous les 6 mois de façon à suivre la maladie chez le patient.

Traitement

            Il est malheureusement long et coûteux. Le traitement est une association de deux molécules, l'antimoniate de méglumine et d'allopurinol. Ce traitement n'est pas anodin et il convient d'être prudent lors de l'administration de ces produits. En aucun cas, l'automédication ne pourrait se justifier. Demandez toujours conseil à votre vétérinaire pour toute modification du protocole.

Prévention

            Il est assez difficile de lutter contre les phlébotomes. Si un séjour dans le sud est prévu, il faut prendre cependant quelques précaution : il existe des produits répulsifs assez efficaces (en spray, spot on ou collier). Mais il faut de plus rentrer les chiens à la tombée de la nuit.

Photo 3 : Les poils ne sont en aucun cas une protection suffisante ; Il faut absolument traiter de manière spécifique contre les phlébotomes. Attention, ce ne sont pas obligatoirement les mêmes produits que ceux habituellement employés contre les puces et les tiques.

 

 !  Leishmania donovani var. infantum